Nos coups de coeur

Des livres, principalement, mais pas que.

 

Vous en voulez plus ?

Rejoignez les lecteurs de la Médiathèque de Saint-Clar et leur sélection de lectures  : "Le choix de l'étagère"


Maylis de Kerangal


Je vous propose ces trois romans dans l'ordre dans lequel je les ai découverts.

Si les thématiques sont chaque fois différentes, l'écriture reste chaque fois aussi forte.

Une auteur multipliée, dont certains romans sont adaptés au cinéma, à découvrir aux éditions Verticales

La construction d’un pont suspendu quelque part dans une Californie imaginaire... La construction d'un pont !? Bof, me direz-vous. C'est ce que je pensais aussi, avant d'entrer à petit pas dans ce roman, et de me laisser entraîner par son rythme  et  ses personnages , tous employés du chantier, qui nous invitent dans un univers inconnu, étrange que l'on en vient bientôt à réellement ressentir ! 

 

 

 

 

 

 

Le plus connu peut-être de ses romans, multiprimé, adapté à l'écran. 

« Les petits cons de la corniche. La bande. On ne sait les nommer autrement. Leur corps est incisif, leur âge dilaté entre treize et dix-sept, et c’est un seul et même âge, celui de la conquête : on détourne la joue du baiser maternel, on crache dans la soupe, on déserte la maison. » 



Mary Lawson


Conquise par "Le choix des Morrison", j'ai plongé sans hésiter dans le nouveau Mary Lawson.

J'y ai retrouvé tout ce que j'avais aimé dans le premier : le thème de la famille et du sacrifice,

les nuances et la justesse de ton. J'y ai également retrouvé avec plaisir le région de Crow Lake

et deux des Morisson, devenus adultes...

 

Rien ne va plus chez les Cartwright. Alors qu'Emily s'apprête à donner naissance

à son huitième enfant, qu'Edward, le père, cherche dans son bureau une échappatoire

au chaos ambiant, que Tom, le fils aîné, s'enferme dans la dépression, Megan, fille unique

de la fratrie et mère de substitution de chacun, décide de voler de ses propres ailes.

À vingt et un ans, l'heure est venue pour la jeune fille de se libérer des siens.

Adieu le Grand Nord canadien, bonjour le swinging London !

Pendant que Megan se cherche dans la Vieille Europe, les Cartwright, eux, tentent de

survivre. Qui pour s'occuper du foyer, désormais ? Pour remplir le frigo ? Pour protéger

Adam, quatre ans, et ses frères de la folie douce d'Emily, uniquement absorbée par son

nourrisson et négligeant tout le reste ? Qui pour arracher Edward aux ruminations d'un

passé qui le hante ?

Accablé par la culpabilité depuis le décès de son meilleur ami, Tom, brillant étudiant,

renonce chaque jour un peu plus à ses rêves... Et si le moment était venu pour lui d'assumer

son rôle d'aîné ? Le silence qui étouffe les Cartwright peut-il être conjuré ?

Et si le plus difficile, parfois, était l'espoir ?

 

"Un hiver long et rude" est disponible à la Médiathèque de St-Clar.

 

 

"Et je revois Bo dans les bras de Luke. L'a-t-il vraiment portée pendant chaque minute, ces premiers jours ? C'est le souvenir que j'en ai. J'imagine qu'elle était perturbée par l'atmosphère de la maison, que notre mère lui manquait et qu'elle se mettait à pleurer chaque fois qu'il la reposait. Moi, je m'accrochais à Matt. A sa main, à sa manche, à la poche de son jean, à tout ce que je pouvais attraper. J'avais sept ans, j'aurais dû avoir dépassé ce stade, mais je ne pouvais pas m'en empêcher. Je le vois encore, détachant gentiment mes doigts quand il voulait aller aux toilettes et disant : "Attends, Katie. Laisse-moi une minute." Et moi, debout derrière la porte, lui demandant "Tu as fini ?" d'une voix tremblante. Je ne peux imaginer ce qu'ont dû être ces jours-là pour Luke et Matt ; l'organisation des funérailles et les coups de fil, les visites des voisins bien intentionnés qui proposaient leur aide, la nécessité pratique de s'occuper de Bo et de moi. La confusion et l'angoisse, sans parler de la douleur. Cette douleur dont on ne parlait pas. Nous étions bien les enfants de nos parents."

 

 

Crow Lake, Ontario. Une petite communauté presbytérienne. Lors du décès accidentel de leurs parents, les 4 enfants Morrison voient leur destin basculer. Les deux grands frères, dont Matt  porteur de tous les espoirs d’une famille destinée à s’élever par l’instruction, renoncent aux études pour s’occuper des petites. Une fois adulte, Kate, professeur de biologie à l’université de Toronto, appréhende son retour à Crow Lake et ses retrouvailles avec Matt qu'elle a tant idolâtré. Devenue une étrangère parmi les siens, elle devra affronter les conséquences des choix douloureux faits vingt ans plus tôt…

 

Les choix de vie chacun des Morrison leur semblent dictés par le destin; se révèleront-ils être les bons ?

 

Mary Lawson écrit avec finesse des liens familiaux à travers les yeux de Kate, narratrice touchante et très attachante. Une fois le livre ouvert, on ne le lâche plus. Un roman à dévorer jusqu'à la fin qui, soudain, éclaire le récit autrement.

 


Un roman haletant et instructif


Alain Huart... a réussi, en collaboration avec Rejane Peigny, à transposer dans l’imaginaire l’histoire mouvementée des deux dernières décennies au Congo…"

(Colette Braeckman - Le Soir - Bruxelles)

 

"Kivu, l'espoir" d'Alain Huart, en collaboration avec Réjane Peigny

Editions Weyrich, 2016

 

Justin a perdu sa mère et sa sœur dans une fusillade à Goma. Il est embrigadé comme enfant soldat dans le génocide au Rwanda, puis devient « kadogo » dans l’armée qui marche victorieusement contre Mobutu… Dans un bâtiment de la ville de Kisangani, il sauve une jeune fille de 15 ans qui vient d’être violée. Lorsque la guerre reprend, Justin doit quitter son job dans le business du coltan et intégrer les bataillons de l’armée congolaise, formée par l’armée belge, pour lutter contre le mouvement armé M23...

 

Ce roman serré, palpitant, interpelle le  lecteur: d’où proviennent les minerais présents dans nos téléphones ? Qui en paye vraiment le prix ? Quelles horreurs sont infligées à la population par les groupes armés ?  

 Acheter le livre

 En savoir plus, lire la critique de Colette Braeckman et un entretien avec Alain Huart

 Lire un article du Monde Diplomatique : "Peut-on fabriquer un telephone equitable?"

 

 


On en voudrait tous, une Mémé comme ça !


" Je veillais sur ma grand-mère, pendant qu'elle veillait sur moi, ce fut mon premier emploi, gardien de nuit de mémé. "

 

C'est avec ces mots que commence ce récit touchant, drôle, intelligent et débordant de tendresse que Philippe Torreton adresse à sa Mémé. Cette lecture donne chaud au coeur. Oh, ce n'est ni une fée ni une sainte, la Mémé de l'histoire, la vie à ses côtés ne devait pas être simple tous les jours entre ces murs humides au point de ramollir le pain, mais son petit-fils est tombé dans son lit quand il était petit. Or, il est bien connu que l'amour embellit tout, et à travers les mots de son petit-fils, Mémé devient une héroïne ordinaire, vaquant sur sa famille à rallonge et sur sa petite ferme, infatigable, locavore et "recycleuse", pleine de bon sens. 

 

"Les plastiques de ma grand-mère avaient peu de chance d’aller étouffer une tortue luth dans les mers chaudes, ils étaient retenus à vie chez elle, elle leur trouvait toujours du boulot à faire, certains craquaient et se tranchaient le nylon pour en finir mais, même là, elle leur trouvait une utilité, comme de reboucher un trou dans le grenier, tenir un portail en attendant un gond, étanchéifier une fenêtre."

 

Un contenu qui touche l'air de rien à quelques questions essentielles : sur le superflus et l'essentiel, justement, sur le rapport à la terre, à la culture, à la famille... Des mots qui roulent dans la bouche, qui sonnent en formules si justes, que les images, odeurs et sensations nous inondent.

 

Ce récit à fait l'objet d'une séance de lecture, aussi émouvante que réjouissante, à l'EHPAD de Saint-Clar.

 

Le livre est disponible à la Médiathèque de Saint-Clar. 


Le dernier ami, d'ERIC DURNEZ


Tant de profondeur dans un texte si court, qui se lit et se relit, pour soi-même ou à haute voix, comme à l'EHPAD où les résidents ont particulièrement apprécié la beauté de l'écriture en toute simplicité et en nuances. 

 

En quête d’un logement de fortune, un vagabond, ayant rompu les amarres depuis longtemps, s’arrête – au hasard de ses pérégrinations à travers bois et champs – dans un petit village oublié. Mais toutes les portes se ferment. Toutes, sauf celle de Sam, étrange et vieux bourru marqué par un passé pesant. Peu à peu, les deux hommes vont se découvrir, s’apprivoiser et vivre pleinement une amitié improbable qui laissera des traces indélébiles lorsque viendra le temps de se séparer à jamais.

 

Eric Durnez est né à Bruxelles en 1959. Après des études de théâtre, il poursuit un parcours professionnel très diversifié (journaliste, directeur de festival de musique classique…) et met en scène de nombreux spectacles. Il est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre portées à la scène, mises en lecture ou en ondes, en Belgique, France, Allemagne… Ses textes, dont la plupart sont publiés aux éditions Lansman, ont été couronnés en Belgique et en France, notamment, "Bamako" qui se voit attribuer le “Prix de la dramaturgie francophone 2002” décerné par la SACD. Le Ministère de la Culture de la Communauté Wallonie/Bruxelles lui a remis en 2006 le Prix triennal de littérature dramatique. Eric Durnez est décédé à l’âge de cinquante-cinq ans en juin 2014, laissant une importante oeuvre inédite.

 

Le dernier ami est accessible en prêt à la Médiathèque de Saint-Clar.


La Grande librairie du 19 novembre 2015.


"Ces gens qui croient en un seul livre et qui pensent que ce livre ne se débat pas" Leila Slimani

 

 

A VOIR, ECOUTER, REVOIR et REECOUTER !

 

 

Suite aux attentats qui ont endeuillé Paris et la France le 13 novembre dernier, François Bunel propose "d'écouter les écrivains".

 

Avec Boualem Sansal, Laurent Mauvignier, Leila Slimani, Sigolène Vinson, Boris Cyrulnik et Raphaël Liogier.

 

Cliquez sur l'image pour accéder à l'émission.


Lire Irvin Yalom : drôle, haletant et intelligent !


Irvin Yalom raconte (*) avoir reçu un courrier envoyé d’un cybercafé par un sans-abri qui a lu "La Méthode Schopenhauer" après l’avoir trouvée dans une poubelle. « Ce roman a bouleversé mon existence », a-t-il écrit. 

Je ne dirais pas que la lecture d'IY a bouleversé la mienne. Mais chacun de ses livres a enrichi ma vision du monde. 

Ses romans philosophiques nous emmènent chaque fois, par la fiction, au coeur même de la pensée des grands hommes qu'il met en scène, tout en se lisant avec un entrain incroyable !


Irvin Yalom s'est fait (re)connaître en Europe grâce à "Et Nietzsche a pleuré". Dans cette fiction, l' écrivain et psychiatre américain imagine la rencontre entre Friedrich Nietzsche qui, en crise profonde, souffrant de migraines terribles, accepte de consulter le Dr Breuer, l’un des fondateurs de la psychanalyse, grâce à un pacte secret, orchestré par Lou Salomé, sous le regard du jeune Sigmund Freud. Mais qui est le maître ? Qui est l’élève ? Qui soigne qui ? 


Dans la même veine, "La méthode Schopenhauer" met en scène un psychothérapeute à qui l'on annonce qu'il ne lui reste qu'un an à vivre. A-t-il vraiment réussi à aider ses patients ?, se demande t-il alors. Et qu’est devenu celui qu'il considère comme l'échec de sa carrière ? Il retrouve cet ancien patient, devenu lui-même psychothérapeute suivant les idées de Schopenhauer...


Dans "Le problème Spinoza", nous suivons tour à tour l'histoire d'Alfred Rosenberg qui joua un rôle décisif dans l'extermination des juifs d'Europe et celle de Baruch Spinoza, ce philosophe qui, excommunié en 1656 par la communauté juive d'Amsterdam,  exerce une réelle fascination sur l’idéologue du parti nazi.


"Mensonges sur le divan" est d'un autre type. C'est un roman à suspense. Pensez : un psychanalyste, dans l'espoir d'obtenir de meilleurs résultats tenterait bien, malgré l'interdit, de se montrer plus proche de ses patients. Or, c'est à ce moment-là  que Carol, une nouvelle patiente, entre dans son cabinet. Ce qu'il ne sait pas, c'est que le mari de cette séduisante avocate l’a quittée, sur les conseils dudit psychanalyste, et qu'elle a décidé de le piéger...

 

J'ai aussi lu "Le bourreau de l'amour" où IY nous conte quelques-uns des cas qu'il a rencontrés dans son cabinet de psychiatre, un recueil que j'ai pour ma part trouvé  aussi passionnant que ces romans. 


(*) Lire son interview dans Psychologie.com


La petite fille qui aimait trop les allumettes, de Gaëtan Soucy


"Nous avons dû prendre l'univers en main mon frère et moi car un matin peu avant l'aube papa rendit l'âme sans crier gare. Sa dépouille crispée dans une douleur dont il ne restait plus que l'écorce, ses décrets si subitement tombés en poussière, tout ça gisait dans la chambre de l'étage d'où papa nous commandait tout, la veille encore. Il nous fallait des ordres pour ne pas nous affaisser en morceaux, mon frère et moi, c'était notre mortier. sans papa nous ne savions rien faire. A peine pouvions-nous par nous-mêmes hésiter, exister, avoir peur, souffrir."

Ce qui frappe d'emblée, c'est l'étrangeté de la langue. Des mots bizarres - tantôt vieillots tantôt très plats, parfois ordinaires aussi mais affublés d'un autre sens - côtoient des passés simples et des subjonctifs gouleyants, pour composer un chant envoûtant. Le lecteur, bousculé dès la première page par la voix de ce narrateur "secrétarien" découvre, intrigué, l'univers non moins étrange qui s'en dégage. C'est que ces deux gamins ont grandi sans autre référence qu'un père omnipotent et quelques "dictionnaires". Une fois familiarisé, le lecteur n'a plus qu'à se laisser porter par une histoire puissante où plus rien ne semble impossible. Et si, de page en page, certaines choses semblent lui échapper, peut-être cela vaut-il mieux : plus de clarté deviendrait peut-être cruauté. Une lecture que l'on n'oublie pas !

En savoir plus sur Gaëtan Soucy.


Brouillons d'écrivains


Envie de découvrir les coulisses de l'écriture ?

Rien de tel, pour démystifier l'acte d'écrire, pour imaginer (à côté d'une possible inspiration) le travail de l'écrivain, l'épure, les remaniements, pour explorer la diversité des pratiques d'un Flaubert perfectionniste, d'un calculateur à la Perec, d'un Proust qui ajoute des "paperolles" aux pages devenues trop étroites... rien de tel, donc, que de se pencher sur leurs manuscrits. C'est ce que la BNF propose dans "BROUILLONS D'ECRIVAINS", une de ses expositions virtuelles. A visiter, absolument !


Agota Kristof


La trilogie des jumeaux : « Le Grand Cahier », « La Preuve » et

« Le Troisième Mensonge » d’Agota Kristof est à lire, absolument.

Enfin, si l'on peut ! Car ces trois romans sont courts, mais durs.

Certains lecteurs ne terminent pas même le premier, tant cette lecture (tant cette écriture, ce style) retourne

les tripes.  Que ce soit de la fiction ne suffit pas à rassurer le lecteur, qui pressent qu'elle se situe probablement "sous" une réalité qui  la dépasse.

Dans "L'Analphabète", son récit autobiographique, c'est bien son histoire qu'elle raconte : celle de son enfance heureuse en Hongrie, celle de la pauvreté, puis celle de l'exil, de son arrivée en Suisse, de l'éloignement du pays, mais de sa langue, aussi. A nous d'imaginer tout ce qu'elle ne nous dit pas. Mais rassurez-vous, car derrière son style épuré à l'extrême

 transperce, ici, un humour salvateur.

 

Ce n'est pas par hasard si les livres d'Agota Kristof trônent sur les tables des

ateliers d'écriture : cette "analphabète"  donne une véritable leçon d'écriture !                                                                                           Lire et en savoir plus.


Les vieux fourneaux 


Les Vieux Fourneaux raconte les aventures de trois septuagénaires, amis depuis leur plus tendre enfance: Antoine, Emile et Pierrot. Chacun a suivi sa route, chacun a fait ses choix, chacun a fondé (ou pas) une famille. Séquelles, souvenirs, fragments de vies (presque) passées. Il reste pourtant à ces trois-là de belles choses à vivre, et une solide amitié chevillée au corps.

Les Vieux Fourneaux, à travers dʼincessants va-et-vient entre les années cinquante et les années 2010, raconte sur un mode tragi-comique notre époque, ses bouleversements sociaux, politiques et culturels, ses périodes de crise.

 

Je ne suis pas très BD, je dois bien l'avouer. Mais il m'arrive de craquer. Pour cela, il faut au minimum que le scénario soit à la hauteur du dessin, et vice versa.  Après, c'est une question de regard, de thème, d'écriture des dialogues, de ton, d'humour...

Les deux premiers numéros de la série "Les Vieux fourneaux" m'ont comblée (le scénario du troisième me semble plus faible) ! Mais quelques images seront plus parlantes qu'une longue description ... Et sachez qu'ils sont disponibles à la Médiathèque de Saint-Clar !

Réjane - Janvier 2015