28 janvier 2017

QUELQUES TEXTES ECRITS CET APRES-MIDI LA

Première consigne : 

Après un échange autour du texte "Ces gens-là" de Jacques Brel, afin d'en observer la forme et les effets, chacun a choisi une photo de groupe, et a écrit un texte en s'inspirant plus ou moins des outils stylistiques mis en évidence.

 

D'abord, il y a le prof de lettres

Qui connaît Hugo et Baudelaire

Qui parle en vers

Et qui cite Voltaire.

Jamais sans son livre

Il parle à l'assemblée

Comme à des demeurés.

Mais quand il écrit, sans rature et très vite

C'est vrai que ça vit

On en reste bouche bée, puis on applaudit

Et tous autour de la table l'envient.

Il faut croire, Messieurs Dames, qu'en atelier d'écriture,

           il faut être érudit.

 

Puis il y a le poète maudit

Tout aussi savant mais qui l'étale moins

Qui rime mais qui rame

Et qui rame encore

Qui sue à grosses gouttes

Qui se donne du mal

Mais jamais n'abandonne.

Et quand il nous donne

Le fruit de tant de peine

Qu'il nous lit son poème

C'est peu dire qu'on aime.

Il faut croire, Messieurs Dames, qu'en atelier d'écriture,

             il en faut des efforts et des larmes.

Puis y a l'ado de service

Qui n'en a rien à battre

Qu'aimerait mieux être ailleurs

Qui soupire son malheur

Qui passe la première heure

A scruter, à bailler

Avant de se dire enfin "et si j'y allais ?"

Et quand il se lève

Pour nous déclamer les lignes

Qu'en vitesse il a griffonnées

On est tous subjugués.

Il faut croire, Messieurs Dames, qu'en atelier d'écriture,

          faut compter sur la spontanéité.

 

Enfin il y a moi

Qui réfléchit beaucoup

Qui tourne sept fois dans ma bouche

Mon crayon à la mine sèche

Qui regarde les autres pisser la copie

Avant de me grouiller et de pondre

Trois phrases, vite fait, on n'est pas payé au mot.

Et quand le temps vient de partager,

Qui bredouille, écorche et tue dans l'oeuf

D'un texte digne de ce nom la promesse,

le brouillon.

Il faut croire, Messieurs Dames, qu'en atelier d'écriture,

          y a pas grand chose à faire que de se laisser aller !

 

RP

 

 

 


Ces jeunes là

 

Viviane, la bonne hôtesse, accueille en sa cuisine

Huit jeunes lycéens , internes à Racine.

Elle prépare des gâteaux, console les chagrins

Et entre deux lessives, distribue des câlins.

Elle aime les lupins, son jardin en est plein

Elle aime les bouquets, changés chaque matin

Et chaque samedi, elle attend ses gamins.

 

Le premier c'est Jacky, Jacky l'indépendant

Sa fierté ? ses cheveux, il les frise et les teint

Pose devant sa glace et se tourne et se mire

Il dit aimer les lettres, la philo, la psycho.

Sa passion ? la photo surtout les animaux.

 

Il aime qu'on l'admire et qu'on le trouve beau.

Et il y a les deux filles,les deux inséparables,

Toutes deux cheveux longs et même pantalon

Elles lisent des magazines, et surveillent leur ligne

Elles pensent aux garçons, recopient des chansons

Elles sont un peu futiles et parfois libertines

Rêvent au prince charmant et laissent passer le temps

 

Et puis, il y a Rémi, Rémi n'est pas comme eux,

Il reste dans son coin et s'occupe les mains

De morceaux de ficelle ou de petits dessins

C'est leur souffre douleur mais il rêve en couleur

Il invente des mots qu'il accroche en guirlandes

De longues ribambelles qui dansent sur la lande

Il a ses mots pour rire et ses mots pour crier

Des mots qui sonnent doux et d'autres qui percutent

 

Des mots pour s'évader et des mots pour les chutes.

 

                                                                                          HB

 

 



 

 

D’abord vint Emma

Oiseau chantonnant

Cigale sautillant

Un beau coup de vent

Soudain l’emporta

 

Mais, bien entendu

Je l’aimais déjà

Rêvant de sa vie

 

Puis je vis Zoé

Sous un gros cabas

Tout plein de Kapla

Ses maisons en bois

Elle recommençait

 

Mais bien entendu

Ne partagea pas

Les rêves de sa vie

 

Vint Nina la Sage

Bien Trop habillée

Par ce bel été

Sa belle poupée

Cachait son visage

 

 

 

Mais bien entendu

Elle ne me vit pas

Toute à sa Barbie

 

La petite Sabine

Avec ses lunettes

Ses yeux de fauvette

Est toujours en tête

Mais quelle mauvaise mine !

 

Et bien entendu

Ne m’entendit pas

Toute à ses écrits

 

Et vint en dernier

La grande Aglaé

Le garçon manqué

Toujours commandait

(Mais nulle en dictée !)

 

Et bien entendu

Elle me négligea

Donc pour moi… tant pis !

 

 

 

 

 

 


Il est là , au premier rang

Prés des beaux-parents, la main sur l'estomac,

Et la légion d'honneur, à la boutonnière,

Oui, il est là Monsieur le Sous-Préfet

Avec sa moustache au vent, il regarde

Le photographe maladroit sur son escabeau

Poser, paraître, telle est sa mission

Il est l'invité d’honneur avec Madame

Qui, toujours, dans les cérémonies,l'accompagne

Sauf aux convents de la Grande Loge

On doit ignorer ce que tout le monde sait

Sous-préfet en province c'est Premier à Rome

Quelles que soient les circonstance on est l’État.

 

Et puis il y a à côté de sa fille

Monsieur le Marquis et son canotier

Qui est tiré à quatre épingles

Des courses de chevaux au cercle le mardi

Dépense sans compter les revenus du fermage

Et qui revient au château tout penaud

Demander  à Madame la Marquise, son absolution

Et cela fait des années que le manège tourne

Sans soupirs aucun, sans reproches et sans haine

Dans ce milieu on ne se révolte pas : on se soumet.

 

Et puis il y a les autres,tous les autres

Les fermiers, les économes, Monsieur le Maire

Le curé appelé à une extrême onction

S'est fait représenter par le sacristain

Tous les riches propriétaires, l'apothicaire et le notaire

Le vétérinaire et le médecin flanqués de leur moitié

Les jeunes cousines de la mariée avec leur bouquet

Souffrent dans leur bottines étroites,

Et ne pensent qu'à la pièce montée qui attend au salon.

La messe n'en finissait pas, les chaises étaient dures

Les baises-mains et les révérences incalculables

Le poids de l'Aristocratie est insupportable

Quand on n'a pas encore dix printemps.

L'oncle des colonies qui a pris le bateau

Est venu avec sa nouvelle et belle épouse

Légèrement métissée, on la dissimule,   

On n'est pas raciste mais cela n'est pas convenable

Mais le riche tonton d’Afrique même dans le péché

Aura toujours sa place dans le château ancestral.

 

Et au dernier rang, il y les inconnus, les amis du marié

Qui ne vont pas à la messe et qui boivent de l'absinthe

On les a invités pour calmer le qu'en dira t-on

Tel un troupeau ils sont parqués loin de Satan

Quand on marie sa fille qui a trente ans

Au ciel on demande des accommodements.

Et puis, et puis il y a le château, le château familial

Et dans quel état, Monsieur, dans quel état !

Le dernier orage a encore fait des ravages

La toiture d'ardoise de la chapelle crie son désespoir.

Mais en ce jour de juillet, il fait beau très bon

On est bien sous les grands cèdres du Liban

Le soleil passe à travers les branches séculaires

Le marié, nu tête, le regard angélique rayonne

Oui, il est là mon ami d'enfance Georges Durand

Il épouse ce jour Hortense de Balard de Saint Bres

Lui, le brillant élève de l’École Normale d'Auch

Sorti major de sa promotion et pour cela

Nommé instituteur à Gazaupouy, prés de Condom.

Il a été baptisé, enfant de chœur mais devenu mécréant

Il a abandonné chapelles, sacristies et pèlerinages

Voltaire, Jaurès, Marx et Lenine sont ses nouveaux apôtres

Il ne mangeait pas du curé, mais coassait à son passage

Et détalait en criant « A bas la calotte, à bas la calotte !! » 

Comme moi, il vient d'avoir vingt cinq ans

Tous les jours sur la bicyclette achetée avec son pécule,

Il vient se promener sur les terres de Monsieur le Marquis

Par un après-midi d'orage, il fit d'Hortense la connaissance

Et leurs cœurs battirent bientôt à l'unisson

Monsieur de Balard les surprit et chassa le « sans Dieu »

Meurtri et furieux Georges rentra dans sa maison d'école

Le lendemain, à l'épicerie tabac du village, d'un billet de loterie

De la réglisse et de la vache qui rit il se fit acheteur

Georges gagna le Gros Lot, plusieurs millions de francs

La nouvelle se répandit vite dans le canton

La Dépêche, la Petite Gironde envoyèrent des photographes

Georges était devenu riche, trés riche, Crésus lui même

Monsieur le Marquis vint  à pied jusqu'à la communale

Et invita, pour le dimanche, l'instituteur public

A la table familiale au château, monument historique.

Bien entendu Hortense, radieuse, était à côté de lui.

Monsieur le Marquis fit visiter tout le château

En insistant sur les égoutiers, les planchers vermoulus

Les poutres branlantes, les chevrons en perdition

Et les colombages dévorés par les pigeons et les tourterelles.

Georges écoutait poliment mais ne pensait qu'a prendre

Dans ces bras la douce Hortense qui bientôt lui sera sienne !

Georges qui n'a jamais été attiré par l'argent, promis tout

Et déclara conserver son beau métier jusque à la retraite.

On fixa le mariage à l'été suivant et aujourd'hui nous y sommes

Georges très amoureux et heureux d'avoir niqué l'aristocratie

Hortense avec un embryon dans son tiroir Louis XV

Monsieur le curé a tout pardonné au vu des resultats de la quête

Le plus heureux de tous est le château, car bientôt il va rajeunir

On reste là, on reste là Monsieur

On profite, on profite Monsieur

C'est si bon , la Paix

Quand elle tombe sur la lutte des classes !        

 

JCM

 

 


 

D'abord, il y a le tonton

Lui qui porte beau le papillon

Lui qu'on appelle Léon

Lui qui a la moustache conquérante

Avec sa bonne mine souriante

Pour qui les femmes sont affriolantes.

Par bonheur, sa Zoélie n'est pas jalouse

Sa dévote et frigide épouse.

Faut vous dire                          Monsieur

Que chez ces gens-là

On ne baise pas                        Monsieur

 

On ne baise pas                        On dort

 

Et puis il y a les autres

Avec leur triste gueule d'apôtres

Le cousin Edmond et sa toison

Qu'on dirait un champignon.

Ce benêt de Roger, raide comme un balai

Ce sacré Roger qu'on a fini par caser

Avec Odette la petite couturière

Qui aurait préféré son petit copain Pierre.

Faut vous dire                                Monsieur

Que chez ces gens-là

On ne sourit pas                             Monsieur

 

On ne sourit pas                       On "artabane"

Et puis                           Et puis

Il y a la belle Augusta

Celle qui ne me regarde pas

Celle qui sait tout, mais pas de blabla

Augusta qui pourrait crier à Roger

Si elle n'avait peur de scandaliser

En montrant le beau Léon

Léon, le seul le sourire au menton :

"Roger, voici Léon, ton vrai papa !"

Faut vous dire                       Monsieur

Que chez ces gens-là

On s'occupe pas des autres       Monsieur

 

On s'occupe pas des autres     On s'tait !!!

                                                           AL