Le petit jardinier
en son grand potager
C’est un pays reculé où rien jamais n’a voulu pousser. Que le chêne vert et un peu d’herbe sèche. Un pays de monts, de vent et de pierres, de contrastes. Les villages n’y portent pas de nom. On n’en a pas besoin. On suit son troupeau et les chèvres connaissent tous les chemins. On cultive sans y croire ce que la terre consent à nourrir, de tout petits lopins épierrés, juste de quoi tenir. On accepte les enfants qui naissent sans qu’on les ait voulus, car tous ne survivent pas. Les hommes sont rudes, qui essayent de croire encore en Dieu.
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Il est dans ce pays de chevriers un homme dont nul ne sait rien. On s’est habitué à sa lointaine présence sur le coteau d’en face, là où la terre n’appartient à personne. Les chèvres évitent ce versant et on dit qu’un loup…
Ce petit homme est robuste comme un tronc, ses jambes sont courtes, ses mains sont vertes et ont forme de fourches-bêches. Est-ce sa peau, couleur de chamoisette ou ses prunelles, qui passent du mauve au gris selon la météo ? Quelque chose en lui est étrange. Il ne compte ni n’écrit ni ne lit, mais ce n’est pas rare. Il ne parle pas, mais à qui parlerait-il ? Il boit l’eau de la pluie. De deux bouts de bois frottés, il fait un feu. Il s’est construit un abri en forme de tipi, en bordure de la clairière. Il attrape chaque année un louveteau, parfois un renard, boit son sang, en garde la fourrure et offre sa viande à la nature. Il ne se nourrit que de fleurs, de grain, de légumes et de fruits, et il est bien nourri. Sur son passage, et sans doute est-ce cela le plus étrange, les chemins fleurissent...
Un village, au milieu d'un environnement aride, découvre sur le versant opposé un homme doté de pouvoirs étranges - disons qu'il a la main verte. D'une grande générosité, ce petit jardinier aidera les villageois à traverser un hiver rigoureux et meurtrier. Il sera bientôt invité dans les demeures où il ne vient jamais sans apporter ses légumes magnifiques. Jusqu'à ce que le Père Pinard, le maire ambitieux, et ses deux fils s'en mêlent...
Eloge à la nature, ce conte dénonce l'avidité et la course folle au progrès.
Il illustre aussi la perception de "la différence" et les vertus du respect et de l'amitié.
LES ARTS NARRATIFS EDITIONS
Texte original de Réjane Peigny
Illustrations Dominique Maes
Imprimé en offset en typographie manuelle par Alain Regnier
300 exemplaires
1999